Jean Beurois, des quartiers pour la vie sous-marine

Un champ de récifs artificiels sur 200 hectares dans la rade de Marseille. Ce projet pilote financé à 40 % par l'Europe servira d'exemple tant pour sa méthode que pour son échelle. Rencontre avec une cheville ouvrière : le chargé de mission Jean Beurois.

Jean Beurois 
Jean Beurois

L'immobilier sous les mers « Un récif, c'est avant tout l'équivalent d'un habitat naturel de type rocheux. Si le terme de récif artificiel peut sembler paradoxal, nous ne faisons rien de plus qu'apporter du volume pour permettre cet habitat sur un fond plat et sablonneux où il n'y a rien, sauf la faune de substrat meuble mais qui ne sera pas gênée ».

Les mains s'envolent, le propos est volubile : un index sur une carte de Marseille, Jean Beurois expose le projet d'installation de récifs artificiels en rade de Marseille, débuté en octobre dernier et qui devrait se terminer avant cet été. Sur 200 hectares, entre le Frioul et les plages du Prado, des blocs rocheux, des cubes de béton, des cordages en nylon flottant, des
paniers d'acier ou des récifs chicane vont être installés par 30 mètres de profondeur.

Au total, 700 structures différentes, dont 400 en dur remplies de cubes en béton, de sacs de coquilles d'huîtres, de pots à poulpes ou de parpaings par milliers... « Un nombre de caches sans commune mesure avec ce que propose un habitat naturel ! » s'enthousiasme déjà Jean Beurois. « Depuis un siècle, les herbiers de posidonie reculent. Résultat, il n'y a plus rien sur ces fonds qui, autrefois étaient le top de l'écosystème.

Pour les réhabiliter, on ne pouvait replanter la posidonie qui est une plante très protégée » explique encore l'océanologue. D'où, les récifs artificiels. Ces derniers ont cependant quelques exigences pour leur implantation. « Il y a là une parfaite complexité des courants car le pire ennemi du récif est l'eau stagnante, un arc rocheux très riche sans oublier une configuration qui facilite la surveillance pour éviter le braconnage ».

D'ici trois ans, un premier équilibre s'installera suivi par un nouvel écosystème dans 5 ou 7 ans. « Il y aura alors un effet de réserve avec augmentation globale de la taille, accroissement exponentiel de la fécondité et essaimage » annonce Jean Beurois, fort des expériences précédentes sur la Côte Bleue ou dans le Languedoc. Beaucoup de beaux sars ou rascasses en perspective... D'où l'importance de l'adhésion des pêcheurs qui se sont engagés à ne pas lancer le filet sur le récif. « C'est l'intérêt de cette expérience pilote. C'est tout, sauf un projet individuel » jure Jean Beurois. « Il est préparé depuis 10 ans par un comité de pilotage et rien n'a été imposé ».

Dans ce milieu de la mer associé à l'idée de liberté et où les différents acteurs souffrent difficilement des contraintes, « nous avons réuni des gens qui habituellement se croisent sans se rencontrer ou se parler » confirme Jean-Charles Lardic, directeur de la Qualité de Vie Partagée, service municipal assurant la maitrise d'ouvrage, qui n'hésite pas à utiliser le terme de « nouveau contrat social » souhaitant même décliner la méthode sur la terre ferme et
à l'échelle du quartier.