Daniel Scotto, une mémoire des "pointus"

L'Europe a cofinancé le recensement des pointus, ces barquettes traditionnelles marseillaises, par l'Office de la Mer pour la mission Europe de la Ville de Marseille, dans les ports de la ville. Ces navires en bois peuvent participer au développement d'un tourisme durable autour des activités de la pêche et de la mer. Charpentier maritime depuis quatre générations, Daniel Scotto évoque les qualités de ce bateau.

Daniel Scotto 
Daniel Scotto

Longtemps négligée, la barquette traditionnelle marseillaise appelée ici « Pointu » à cause de sa forme typique, revient actuellement à la mode et est devenu un objet patrimonial.

Ces bateaux en bois amarrés dans les ports de Marseille et indissociables de l'image de la ville, Daniel Scotto, 43 ans, les connaît depuis sa prime jeunesse. Il gère aujourd'hui sur les hauteurs du Vieux-Port le chantier naval où ont oeuvré avant lui son père et son grand-père.

« Mon arrière grand-père était déjà charpentier sur l'île de Procida, à Naples. Après sa venue à Marseille, il a repris son activité, d'abord pour les transporteurs maritimes, puis a racheté son atelier. Mes aïeux ont travaillé pour les pêcheurs locaux, notamment dans la construction de bateaux et de pointus », raconte ce père de deux enfants. « Dans le fond, l'activité de charpentier maritime, un métier manuel très difficile et très technique, a été ma vocation depuis l'enfance, mais j'ai réellement débuté à 19 ans. Cinq ans plus tard, je reprenais le chantier ».

Le pointu, à l'origine navire de pêcheurs, est aujourd'hui un bateau de plaisance apprécié par une nouvelle clientèle, « des gens plus jeunes qui goûtent sa simplicité, son côté pittoresque et culturel, ainsi que le fait qu'ils soient tous décorés différemment ».

La Ville de Marseille a bien saisi l'intérêt touristique de ce regain d'intérêt pour ces navires
traditionnels de la Méditerranée. En collaboration avec l'Office de la Mer, la mission Europe s'est donc engagée dans le projet européen Marimed qui a pour objectif de valoriser la pêche comme élément de développement du tourisme durable.

La Ville s'est associée de mai 2004 à mai 2006 avec dix collectivités locales italiennes et espagnoles pour travailler ensemble à la valorisation du patrimoine social, naturel et culturel de leur port de pêche. Face à la diminution des ressources en poisson et la réduction de l'effort de pêche, il s'agit d'une part de répondre au besoin de diversification et d'ouverture des métiers de la pêche, et d'autre part de valoriser ce milieu et ses traditions, méconnus du grand public.

Dans ce cadre, en partenariat avec des associations locales, l'Office de la mer a tout d'abord aménagé un point de vue sur la ferme aquacole du Frioul et la visite de ce site au public. Et surtout, l'Office a mené à bien le recensement des barquettes marseillaises, environ 500, dans les quatorze ports de pêche de la ville.

Ces projets ont été cofinancés par le Fonds Européen de Développement Régional (FEDER), dans le cadre du Programme d'Intérêt Communautaire Interreg III B Medocc. Pour faire vivre ce patrimoine marin, Daniel Scotto ouvre également depuis deux ans son atelier au public durant les journées européennes du patrimoine : « un succès, on ne désemplit pas »..