Interview du Dr Rajendra Pachauri sur la conférence de Copenhague : "Je suis optimiste"
Le Président du Groupement d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) s'avoue plutôt optimiste quant à la conférence sur le climat. Prix Nobel de la Paix 2007 il précise que si l'on n'agit pas maintenant, «l'augmentation de la température dépassera deux degrés ».
Le Dr Rajendra Pachauri était présent au Parlement européen à l'occasion d'une conférence sur le changement climatique et la consommation de viande, en compagnie de Paul McCartney. Les internautes avaient soumis leurs questions sur le compte Facebook du Parlement européen.
- Joseph Caruana demande si la conférence de Copenhague sera le théâtre d'un affrontement diplomatique entre les pays riches et les pays en voie de développement.
Dr Rajendra Pachauri : J'espère que non car nous avons un intérêt commun. Pays riches et pays en voie de développement seront également victimes du changement climatique. Nous devons nous rendre compte que nous sommes tous dans le même bateau. Les responsabilités, bien que partagées, sont différentes. Elles imposent différents niveaux d'engagement en fonction du stade de développement des pays.
Certains pays - notamment en Afrique, en Asie et en Amérique latine - n'ont pas la capacité de s'adapter aux impacts du changement climatique. Je pense que les pays développés devront les aider, c'est une question d'éthique.
Concernant la conférence de Copenhague, je suis optimiste car j'ai vu un tournant majeur dans l'opinion publique au cours des deux dernières années, notamment depuis le quatrième rapport d'évaluation du GIEC.
- Philip Strothmann pense qu'une augmentation de la température de deux degrés est inévitable au vu des propositions américaines et chinoises de réduction de leurs émissions de CO2. A-t-il raison ?
RP : Si on n'agit pas, l'augmentation de la température dépassera sans aucun doute deux degrés.
Quelque soit l'accord trouvé à Copenhague, ce ne sera pas le dernier. La science doit aider les décisions politiques. Le cinquième rapport d'évaluation du GIEC, qui sortira en 2013 ou 2014, donnera de nouvelles informations.
- Isaak Magerman a soulevé la question d'une nouvelle révolution dans les modes de production. Pensez-vous que les technologies vertes puissent remplacer les technologies existantes ?
RP : Sans aucun doute. J'étais en Allemagne hier et j'ai rencontré la chancelière Angela Merkel. Le gouvernement allemand poursuit des politiques dynamiques. Le parc de panneaux solaires a une capacité de 5,5 gigawatts. L'Inde avance également des plans très ambitieux pour développer l'énergie solaire. L'efficacité énergétique peut également être améliorée de façon prodigieuse, par exemple dans le transport, le logement ou l'industrie.
Si vous prenez toutes ces mesures et que vous les combinez, il est tout à fait réaliste de croire que nous pouvons réduire de façon substantielle les émissions de CO2 sans entraver la croissance économique ou perdre des emplois. C'est un fait : certaines de ces mesures créent de l'emploi. Ce qu'il faut, c'est de la volonté politique. Comme dit mon ami Al Gore : « La volonté politique est une ressource renouvelable ».
- Paul Van Rompaye demande si la réduction des émissions de CO2 n'est pas aussi une opportunité de réorienter l'économie, abandonnant ce qu'il appelle « le modèle de consommation américain ».
RP : Le monde a traversé des changements radicaux. Nous avons commencé comme chasseurs-cueilleurs puis nous avons développé l'agriculture.
C'est pour cela que je ne pense pas que nous devons nous inquiéter des changements majeurs qui sont en cours. Ils nous permettrons de grandir, de nous développer, de consommer d'une façon compatible avec la protection de l'environnement. L'environnement et le changement climatique doivent maintenant être mis au centre du système.
- Andres Galindo s'inquiète du manque d'eau à l'avenir. Qu'en est-il ?
RP : J'aimerais lui dire de ne pas s'inquiéter, mais il doit en effet être conscient que dans certaines parties du monde les tensions montent autour de la problématique de l'eau. Il faut que les gouvernements, les entreprises, la société civile et les gens commencent à faire attention à l'eau et à ne pas la considérer comme une ressource sans valeur.
- Ercan Acar souhaiterait savoir si les énergies renouvelables peuvent vraiment remplacer les énergies fossiles.
RP : Je ne doute pas un instant que les énergies renouvelables pourront remplacer les énergies fossiles et peut-être même l'énergie nucléaire. Dans certaines parties du monde, y compris en Europe, l'imagination et l'innovation peuvent permettre d'utiliser les énergies renouvelables à grande échelle. L'installation de panneaux solaires à grande échelle en Afrique du Nord est une possibilité à considérer sérieusement. L'énergie pourrait être transportée vers l'Europe par de câbles sous-marins.
L'énergie éolienne est un autre exemple. Bien entendu, nous devons utiliser les énergies renouvelables mais aussi améliorer l'efficacité énergétique. Les deux vont de pair.
L'interview a été conduite en anglais.


















